
PERCEPTIONS DU LAÏC ET DU LAÏCAT DANS L’ÉGLISE, HIER ET AUJOURD’HUI ( Prof Julien NYIMI PHANZU)
Du fidèle autrefois considéré comme un simple membre du troupeau au chrétien pleinement responsable de la mission de l’Église, le Concile Vatican II a profondément renouvelé la compréhension du laïcat.
Dans une intervention à l’émission « Écho du CALCC », diffusée sur Radio Maria et animée par Faustin Richard Onombili, le professeur Julien NYIMI PHANZU, président diocésain du CALCC à Boma et président provincial du CALCC pour la Province ecclésiastique de Kinshasa, retrace cette évolution historique et théologique.
Il met en lumière la vocation des laïcs, leur rôle dans l’évangélisation et les défis de leur engagement en République démocratique du Congo, particulièrement dans le diocèse de Boma.
Suivez très attentivement le professeur Julien NYIMI PHANZU Président diocésain du CALCC/Boma et président provincial du CALCC pour la Province ecclésiastique de Kinshasa.

Avant Vatican II : le laïc, longtemps considéré comme un fidèle passif
L’histoire du laïcat chrétien remonte aux premières communautés chrétiennes. Dans les Actes des Apôtres (Ac 6, 1-5), le choix de sept hommes chargés du service matériel de la communauté illustre la nécessité de répartir les responsabilités entre les fidèles et de préserver la cohésion de l’Église naissante.
Au fil des siècles, cependant, l’organisation ecclésiale a progressivement adopté des modèles hiérarchiques inspirés de la société féodale. Le clergé occupait une position dominante, tandis que les laïcs étaient souvent considérés comme de simples fidèles appelés à obéir aux orientations de leurs pasteurs.
Cette conception paternaliste réduisait le laïc à ce qu’il n’était pas : ni prêtre ni diacre. Pourtant, souligne le professeur NYIMI PHANZU, si l’Église a besoin du ministère sacerdotal, elle ne saurait exister sans les laïcs. Tous sont unis dans le Christ et participent, selon leur vocation, à la mission ecclésiale.
C’est le Concile Vatican II (1962-1965) qui consacrera un renouvellement majeur de cette compréhension.
Avec et après Vatican II : le baptême, fondement de la mission des laïcs

Le Concile Vatican II a réaffirmé que l’évangélisation n’est pas exclusivement réservée au clergé, mais constitue une responsabilité de l’ensemble du peuple de Dieu.
Cette redécouverte a notamment été nourrie par l’expérience de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), fondée à Bruxelles par l’abbé Joseph Cardijn et le jeune travailleur Fernand Tonnet.
Elle a mis en évidence trois exigences : la responsabilité des laïcs envers leurs semblables, l’annonce de l’Évangile adaptée aux réalités vécues et la nécessité d’une action apostolique collective.
Désormais, le laïc est défini positivement par son baptême, qui l’incorpore au Christ et l’intègre au peuple de Dieu. S’appuyant sur Lumen gentium et Christifideles laici, le professeur rappelle sa participation aux trois fonctions du Christ :
* Sacerdotale : offrir à Dieu sa vie quotidienne, son travail, ses prières et ses engagements.
* Prophétique : accueillir et annoncer la Parole de Dieu par la parole et le témoignage.
* Royale : lutter contre le péché et rechercher la sainteté dans sa vie personnelle et sociale.
La vocation spécifique des laïcs s’exerce au cœur du monde : dans la famille, au travail, à l’école, dans les activités économiques, la vie politique et les engagements citoyens. Leur présence constitue un levier essentiel pour témoigner de l’Évangile de l’intérieur.
Le professeur insiste ainsi sur leur formation permanente, notamment en Écriture sainte, en catéchisme et en doctrine sociale de l’Église.
Cet apostolat peut être personnel ou collectif, au sein des mouvements et associations catholiques, toujours en communion avec les pasteurs, appelés eux-mêmes à reconnaître et à promouvoir les responsabilités des fidèles laïcs.
En RDC et au diocèse de Boma : construire un laïcat adulte et engagé
En République démocratique du Congo, l’héritage de Vatican II a conduit l’Église à faire de la promotion du laïcat une priorité pastorale. Les Communautés ecclésiales vivantes (CEV) et les Mouvements d’action catholique (MAC) sont devenus des espaces privilégiés de formation et d’apostolat.
Cette dynamique a notamment abouti à la création, en 1984, du Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques du Zaïre (CALCZ), devenu le CALCC après le retour du nom Congo.
Créé par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), le CALCC est une association publique de fidèles qui travaille sous sa responsabilité, en collaboration avec la Commission épiscopale pour l’Apostolat des Laïcs (CEAL).
Il constitue une plateforme de concertation et de synergie entre les mouvements et associations de laïcs. Ses missions comprennent la promotion de l’esprit évangélique dans la société, le soutien à la pastorale d’ensemble, la coordination des initiatives, la participation à la prise en charge matérielle de l’Église et la diffusion des orientations de l’épiscopat. Son organisation s’étend du niveau national aux structures provinciales, diocésaines et paroissiales.
À Boma, des acquis et des défis à relever
Dans le diocèse de Boma, le CALCC poursuit ses efforts d’implantation et de mobilisation. Son président diocésain estime toutefois que son développement exige une participation plus large et généreuse des fidèles.
Les consultations du synode diocésain, tenu du 9 au 15 septembre 2024, ont révélé l’engagement des laïcs dans les ministères et services ecclésiaux, les mouvements catholiques, la vie sacramentelle et le soutien à la pastorale.
Dans la société, leur contribution se manifeste également dans le travail, la protection de l’environnement, l’éducation des jeunes, la vie sociale et politique, le dialogue œcuménique et la promotion du vivre-ensemble.
Ces acquis appellent néanmoins une meilleure organisation, une évaluation régulière des pratiques et des réponses concrètes aux défis identifiés. Le CALCC pourrait notamment renforcer la coordination des initiatives et la participation des fidèles aux démarches de consultation ecclésiale.
Pour un laïcat mieux formé et pleinement missionnaire
Le professeur Julien NYIMI PHANZU invite les fidèles à approfondir les conclusions et recommandations de la synthèse du synode diocésain de Boma.
Son message est sans équivoque : la maturité du laïcat ne se mesure pas uniquement à la présence des fidèles dans les églises, mais aussi à leur capacité à vivre leur baptême, à assumer leurs responsabilités et à transformer chrétiennement leur milieu de vie.
L’enjeu est donc de passer d’un laïcat parfois passif à un laïcat formé, organisé et engagé, en communion avec les pasteurs.
L’héritage de Vatican II appelle les laïcs catholiques à devenir pleinement acteurs de la mission de l’Église, dans les communautés chrétiennes comme dans la société congolaise.
Au diocèse de Boma, cette ambition exige une mobilisation accrue, une meilleure coordination des mouvements et une formation permanente au service de l’Église et de la société.
À propos de l’intervenant : Le professeur Julien NYIMI PHANZU est docteur en philosophie sociale et politique, enseignant au Grand Séminaire interdiocésain Abbé Ngidi de Boma et à l’Institut supérieur pédagogique de Boma.
Auteur de plusieurs ouvrages consacrés notamment à la bioéthique, à la démocratie et à l’éthique, il est président diocésain du CALCC à Boma et président provincial du CALCC pour la Province ecclésiastique de Kinshasa.
Propos recueillis par Bertin Kangamotema / Laïcs en Mission-CALCC
